Lutte contre la vulnérabilité des infrastructures africaines aux changement climatique

31 octobre 2013

Source : Jamal Saghir, Directeur, Développement durable, Région Afrique, Banque mondiale 

Selon l'étude phare de Diagnostic des infrastructures nationales en Afrique intitulée « Infrastructures en Afrique : l'heure de la transformation », l'Afrique perd 2 points de croissance chaque année en raison du mauvais état de ses infrastructures qui est également responsable de la baisse de la productivité des entreprises de l'ordre de 40 %. 

Après la crise financière internationale, les pays de l'Afrique sub-saharienne enregistrent une croissance galopante – avec des taux de croissance de cinq pour cent et plus – et il faudra des infrastructures de qualité pour maintenir ce rythme. 

Les infrastructures actuelles ont fait leur temps et leur performance souffrira du climat de demain qui, nous le savons, change rapidement. Selon le dernier rapport d'évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental des Nations Unies sur l’évolution du climat, l'augmentation de la température moyenne à la surface de la Terre pour 2081 - 2100 par rapport à 1986 - 2005 pourrait dépasser 4 degrés Celsius dans le pire des cas. Les changements climatiques pourraient être particulièrement sévères en Afrique où des canicules presque sans précédent pourraient devenir la norme sur plus de la moitié du continent vers la fin du siècle. 

Comment le changement climatique va-t-il affecter la conception, l'emplacement, le calendrier et la composition des infrastructures qui devront être construits à court et moyen terme ? Les professionnels du développement s'accordent de plus en plus pour dire que les savoirs disponibles pour répondre à ces questions sont largement inadéquats. 

En tant qu'institution riche en savoirs et financier de premier plan du développement des infrastructures en Afrique, la Banque mondiale a décidé d'intervenir pour combler cette lacune. Nous avons uni nos efforts à ceux du Centre africain pour la politique en matière de climat (CAPC) -- un laboratoire d'idées logé à la Commission économique des Nations Unies pour l'Afrique (UNECA) et co-financé par l'Union africaine et la Banque africaine de développement -- pour mener une nouvelle étude passionnante sur ce qu'il faudra faire pour rendre les infrastructures africaines « résistantes au climat. » 

Financé grâce au soutien généreux des gouvernements du Royaume-Uni, de l'Allemagne, de la France, des Pays-Bas et du Fonds nordique pour le développement, cette étude cherche à évaluer les impacts éventuels du changement climatique sur l'atteinte des buts et objectifs en matière d'infrastructures visés par les programmes régionaux tels que le Programme pour le développement des infrastructures en Afrique (PIDA) ainsi que les stratégies nationales. Nous avons le conviction que les pays africains devraient tirer profit des réponses aux questions suivantes relatives aux impacts du changement climatique et aux options d'adaptation :

  • Impacts : dans l'hypothèse où il n'y aurait pas d'adaptation, quelles sont les déviations (sur différents scénarios climatiques) que pourrait provoquer le changement climatique en termes d'avancées vers un déploiement d'infrastructures spécifiques et les objectifs de services découlant des objectifs plausibles de développement d'infrastructures ?
  • Adaptation : que coûte la réduction, dans le maximum de scenarios possibles, du risque de faire des investissements dans des secteurs infrastructuraux donnés qui s'avéreraient inadéquats par rapport aux conditions climatiques futures (du point de vue de la taille, du site, ou de la conception) ?

L'étude met l'accent sur trois types d’infrastructures : eau (y compris les centrales hydroélectriques, équipements d'irrigation et d’approvisionnement d'eau en zone urbaine), énergie électrique et routes. Pour ce qui est de la gestion de l'eau, l'analyse concerne sept bassin fluviaux majeurs d'Afrique -- Congo, Nil, Niger, Orange, Sénégal, Volta et Zambèze. En ce qui concerne le secteur de l'énergie, l'étude portera sur quatre pools énergétiques d'Afrique sub-saharienne (en Afrique occidentale, centrale, orientale et australe). Pour ce qui est du transport, l'analyse portera sur les corridors transfrontaliers ainsi que les réseaux nationaux. 

Partant d'une gamme variée de modèles modernes de projection des évolutions futures des variables clés (température et précipitation), l'équipe de l'étude parviendra à des estimations des changements à attendre chez les paramètres pertinents relatifs à la planification et la conception des infrastructures tels que les débits des cours d'eau, le potentiel de stockage d'eau, la demande en eau d'irrigation, les coûts d'entretien des réseaux routiers, etc. 

Les résultats de cette étude seront utiles au niveau décisionnel et de projet.  Au niveau décisionnel, l'étude générera des connaissances sur la capacité des stratégies actuelles en matière d'infrastructure (régionales et nationales) à donner les résultats escomptés dans différents scénarios climatiques, et sur le volume de ressources pouvant être nécessaires pour rendre ces stratégies plus résilientes au changement climatique. Étant donné que certains équilibres dans l'utilisation de l'eau peuvent être rompus en raison du changement climatique, l'étude apportera également des données nouvelles sur les bienfaits de la coopération entre pays d'un bassin et ceux d'une gestion coopérative des infrastructures au niveau régional. 

Au niveau des projets, l'étude compte proposer des approches de développement pratique en matière de conception et de gestion des infrastructures individuelles dans les rudes conditions climatiques à venir. Pour s'assurer que les projets rempliront adéquatement leur office dans beaucoup de scénarios climatiques imaginables, il peut s'avérer nécessaire d'examiner plus de paramètres d'ingénierie ou dispositions contractuelles et ne pas se limiter uniquement aux données historique du climat. Les coûts et avantages des différentes alternatives seront évalués pour aider les promoteurs de projets à concevoir des solutions robustes. 

Outre les gouvernements africains, les premiers groupes cibles sont les institutions clés telles que la Commission de l'Union africaine, les communautés économiques régionales, les pools énergétiques et les organisations de gestion des bassins fluviaux. Nous espérons que les résultats de l'analyse seront disponibles à l'été 2014 quand mes collègues et moi-même comptons les partager avec les parties prenantes et l'ensemble des acteurs du développement.


  1. Teravaninthorn, S, and G. Raballand, Transport Prices and Costs in Africa, World Bank, 2009
  2. Freund, Caroline, and Nadia Rocha, What Constrains Africa’s Exports?, World Bank Policy Research Working Paper 5184, January 2010
  3. World Bank/IFC, Doing Business, 2013
  4. World Bank, Africa’s Infrastructure: A Time for Transformation, 2010
  5. Teravaninthorn and Raballand, op. cit
  6. FIA Foundation, Counting the cost: road crashes and the poor, 2005
  7. Schlumberger, C, Open Skies for Africa: Applying the Yamoussoukro Decision, World Bank, 2010
  8. Données du PPIAF PPI entre 2002 et 2012 : en excluant l'Afrique du Sud, la ratio est de 17 %.
  9. MIGA, Political Risk: The Missing Link in Understanding Investment Climate Reform?, March 2012
  10. Pour une discussion plus approfondie, voir Eberhard, Anton, The Independence and Accountability of Africa’s Infrastructure Regulators, Keynote Address at 4th AFUR, Annual Conference, April 2007
  11. OECD, Mapping Support for African Infrastructure Investment, 2012
  12. Voir, par exemple, IEG, Improving Institutional Capability and Financial Viability to Sustain Transport An Evaluation of World Bank Group Support Since 2002, 2013

Catégories: Informations générales

Abonnement au bulletin d’information

Abbonez-vous à notre bulletin trimestriel pour recevoir des mises à jour de ICA

Savoir Plus