Gestion de l'eau: Le Maroc érigé en modèle par la BAD

20 novembre 2013

Aujourd'hui le Maroc

Des experts d´une douzaine de pays africains ont pris part, mercredi à Rabat, à un atelier régional de partage des résultats de l´évaluation du secteur de l´eau et de l´assainissement, deux domaines dont la gestion menace de faire problème dans le monde à l´avenir.

Organisé conjointement par le groupe de la Banque a fricaine de développement (BAD) et par celui de la Banque islamique de développement (BIRD) - partenariat remarquable qui dit l´importance en laquelle est tenue la question des ressources hydriques dans un contexte marqué par leur raréfaction croissante dans la plupart des régions de la planète et plus particulièrement en Afrique et dans l´espace islamique -, cet atelier a vu la participation des représentants de certains des pays les plus menacés par le stress hydrique à l´heure actuelle.

C´est ainsi qu´outre ceux du Maroc, des techniciens du Burkina Faso, du Cameroun, de la Mauritanie, du Mozambique, du Nigeria, de l´Ouganda, du Rwanda, du Sénégal et de la Zambie ont pris part aux travaux de la rencontre dont le thème principal, selon la repr&e acute;sentante résidente de la BAD, est la transformation structurelle du secteur de l´eau et de l´assainissement en Afrique et les enseignements qu´il faut en tirer.

En ouvrant les travaux de l´atelier aux côtés d´Abdelkader Aâmara, Amani Abou-Zeid a affirmé la nécessité de cette évaluation en termes pressants tant il lui paraît que «la problématique de la généralisation de l´eau et de l´assainissement a gagné de l´importance et, qu´au-delà des aspects économiques et de rentabilité, l´accès continu à une source d´eau potable et à l´assainissement constitue un droit humain qui assure la dignité de l´individu et préserve l´ordre socia l en cette période de changement climatique et de stress hydrique touchant une partie de nos pays d´Afrique».

Propos que de premiers intervenants ont amplifiés en mettant en garde contre les effets pervers du réchauffement climatique et de leur impact, qualifiés par eux de désastreux, sur l´accès à l´eau ou l´exercice d´activités de subsistance telles que l´agriculture et l´élevage dans des économies à dominante primaire.
La menace est si réelle, ont-ils estimé, que l´objectif du millénaire concernant la réduction de moitié du nombre des personnes n´ayant pas accès à l´eau potable et aux services  d´assainissement de base paraît compromis, sinon simplement difficile à réaliser en l´état actuel des choses en Afrique subsaharienne.

Face à cette perspective, des cadres des deux groupes de banque ont estimé qu´afin d´éviter le pire, il est impérieux d´institutionnaliser l´échange des expériences dans la domestication et la gestion de l´eau avec prise d´engagement ferme sur l´apprentissage et l´assimilation des connaissances évoquées.

Pour la BAD en particulier, qui s´enorgueillit de ce que le secteur de l´eau est au centre de ses interventions sur le continent, l´expérience du Maroc est essentielle. «C´est une success story qui mérite d´être connue et partagée».

Si depuis 2003 en effet, le financement de la BAD en faveur de l´eau en Afrique a «crû d´une moyenne annuelle de 70 millions de dollars américains à 700, il a fini par atteindre 1,2 milliard de progression annuelle durant la période 2011-2013.

Pour les experts qui participent à la rencontre, cette accélération est bien le signe d´une montée en importance des questions d´eau  dont aussi bien la production, la consommation que le recyclage, posent des questions techniques et de gestion de plus en plus complexes et coûteuses.

Considérant que la saga marocaine en le domaine est un modèle, les experts de la BAD rappellent les résultats du partenariat de l´institution avec le Royaume.

Entre autres objectifs, ont-ils déclaré, les projets financés o nt permis d´améliorer les systèmes d´adduction et de distribution dans 30 villes marocaines, soit plus des 2/3 de la population. Ils ont également contribué à la sécurisation de l´accès à l´eau potable en milieu urbain qui a été réalisé à 100% comme ils ont renforcé  le taux d´accès à l´eau potable en milieu rural qui est passé de 14% en 1990 à 91% aujourd´hui.

Des résultats tout aussi nets ont été récoltés sur le plan de l´assainissement en milieu urbain qui est passé de moins de 50% en 1990 à plus de 70% actuellement.

L´atelier régional de partage des résultats de l´évaluation de l´eau et de l´assaini ssement a enregistré la participation d´une cinquantaine d´experts venus d´Afrique et d´Europe, de représentants des départements de l´eau et de l´assainissement de la BAD, du département de l´infrastructure de la BID, de ceux de départements et d´offices marocains, de l´Agence française de développement (AFD), de l´Agence japonaise de coopération internationale (JICA) ainsi que des cadres des agences de coopération belge, italienne et espagnole.

Entretien avec Amani Abou-Zeid, représentante résidente de la BAD

La qualité de l´eau est aussi importante que sa quantité

ALM : Un atelier sur le partage et l´évaluation, est-ce utile quand chaque approche de la qu estion hydrique est particulière au pays qui se la pose ?

Amani Abou-Zeid : Détrompez-vous, cette question est en passe de devenir universelle. Selon des experts, l´eau sera de plus en plus au centre de la coopération ou des différends entre les nations à l´avenir.

Ceci dit, le partage est toujours enrichissant tant il donne la possibilité de tirer profit des succès des autres et d´éviter leurs erreurs. Quant à l´évaluation, c´est l´un des grands axes de l´action de toute banque, la nôtre plus particulièrement.

Comment se fait-elle cette évaluation? A partir du  siège  ou de la périphérie?

Les deux. Un atelier comme celui-ci, qui est piloté par le département de l´éva luation, véritable mémoire de la banque, fait partie des missions  envoyées par le siège. Il y en a principalement 2 qui sont ainsi animées chaque année par les experts de la banque.

La particularité du département d´évaluation est qu´il  est autonome et ne rend compte de ses conclusions qu´au conseil d´administration et au président. Outre ces opérations d´évaluation commanditées par le siège, il y a celles qui se situent à mi-parcours des projets.

Elles sont entreprises en coopération avec les experts du pays d´accueil et, elles passent au crible le chemin parcouru au regard des objectifs réalisés, de l´agenda, du niveau de financement...

Bien évidemment, il a l´év aluation finale  du projet. Sitôt terminé, le projet fait l´objet d´une appréciation globale  sur son impact dont les conclusions sont envoyées au siège. Comme dans toute banque, et peut-être plus, l´évaluation est très importante chez nous.

11 milliards de dirhams ont été alloués au secteur de l´eau au Maroc. Pour quels résultats ?

Certains ont parlé de success story, je partage ce jugement. Les réalisations du Maroc méritent non seulement d´être contées, mais encore imitées. 100% pour l´accès à l´eau potable en milieu urbain, 90% pour le rural et un assainissement qui va bon train, il y a peu de pays qui peuvent  se vanter d´avoir fait mieux dans un domaine aussi sensible.

Car la qualité et la quantité d´eau potable n´ont pas seulement un enjeu économique, mais social également, sanitaire...

Où se situent ces investissements et quels projets d´avenir ?

Ils se concentrent principalement  sur l´axe allant de Rabat à Casablanca. C´est normal puisque  c´est l´espace le plus industrialisé. Mais il y a également la zone de Marrakech où le développement touristique booste la demande.

L´objectif  de faire face à ces besoins grandissants a rendu nécessaire le projet d´amener de l´eau à partir du Barrage Al Massira. Mais pas seulement, puisque les projets de recyclage des eaux usées aux fins d´irrigation sont également au centre de la coopérat ion  bilatérale.

Article orginal par Ahmed Salaheddine


Catégories: Eau

Abonnement au bulletin d’information

Abbonez-vous à notre bulletin trimestriel pour recevoir des mises à jour de ICA

Savoir Plus